Mairie de Semens

Hier 11/11/2015, à l'occasion de la journée Souvenir et Partage, la paroisse Saint Martin de Semens s'est réveillée pour établir une relation directe entre le Ciel et la Terre, le monde des vivants et celui des morts, le monde des entendants et celui des sourds dans une communion parfaite, grâce à la volonté de la famille Collard, l'implication de la famille Massieu, le soutien de la Municipalité, le truchement d'un prêtre occasionnel et la participation d'un échantillon humain représentatif de la société girondine en liaison avec tous les amis lointains qui n'ont pu se déplacer.

 

La mobilisation des vivants pouvait paraître dérisoire mais les portes ouvertes de cette très ancienne église ont permis à Jean Massieu d'y entrer avec toute sa famille, ses amis, ses relations … des milliers et des milliers d'âmes intègres, libres, égales, fraternelles ! Du jamais vu à Semens en plein été de la Saint Martin : un office très original, émouvant, une prise de conscience des vertus de l'intégrité physique et morale, des bienfaits de l'intégration et des malheurs engendrés par tous les intégrismes, politiques, sociaux, économiques, culturels, religieux … causes de toutes les guerres !

Alors qu'il suffirait de mettre en pratique ce précepte simple : « aimez-vous les uns les autres, comme Dieu vous aime ! » ou de se reporter aux principes de base de la Déclaration des Droits de l'Homme.

 

Cette cérémonie fut suivie d'agapes amicales avec des produits de Semens : une bonne occasion de se parler, de se comprendre, de présenter le responsable de l'implantation du Centre de Services et de Ressources « Jean Massieu » à Tambacounda.

 

Celles et ceux qui voulaient en savoir plus ont profité d'un parcours guidé dans le pays de Jean Massieu. Tout a été minutieusement présenté et expliqué : les origines de Saint Martin de Semens, la véritable histoire de Jean Massieu dans sa région natale. Vers 17h30 après avoir tout remis en ordre, l'exubérance s'est calmée et Semens a repris sa vie habituelle.

 

 

Le Boudeur,  12/11/2015

 

PHOTOS:   Père Paul Diemert          S_M. Masssieu / FX. Lorre

 

 

COMMENTAIRES de Jean Massieu

 

Grâce à l'acharnement de Jean Paul, je suis enfin complètement de retour chez moi !

Je suis très heureux d'avoir retrouvé ma famille, la maison de mes parents à Michau Balan, celle de mes cousins à La Mothe, celle de mes grands parents à la Maroutine et l'église de ma paroisse où « je voyais le prêtre qui disait la messe, et je voyais en lui le vieillard du ciel qui descendait sur l’autel et que j’adorais en baissant profondément la tête lors de l’élévation de la Sainte Hostie et du calice. », tous les lieux où je me promenais librement et qui n'ont pas beaucoup changé, pourtant les hommes n'y vivent plus comme avant 1786 quand j'ai quitté mon pays natal. L'entrée de mon église est méconnaissable, mais l'intérieur a été bien mis en valeur, la maison curiale est devenue Mairie, à la place des chars à bœufs il y avait une énorme machine rouge qui paraissait abandonnée, un petit groupe de notables était devant un monument, quelques étrangers discutaient à côté de la Mairie. A mon époque, le jour de la Fête de Saint Martin tout le village était rassemblé, toutes générations confondues, tous les milieux, les familles étaient réunies, les amis des villages alentour étaient invités. La fête durait toute la journée, la soirée se passait dans la joie partagée: je ne comprends pas la vie moderne ! J'avais invité tous les entendants et les sourds qui se souviennent encore un peu de moi et ceux qui auraient eu envie de me connaître : ils ne sont pas venus nombreux, beaucoup d'autres auraient aimé participer et ont été empêchés à cause de la maladie, de l'éloignement ou d'obligations locales!

 

L'après midi, j'ai accompagné les quelques amis qui avaient fait l'effort de venir me voir pour leur présenter mon beau pays : Autour de l'église de Semens, les morts chrétiens francs maçons cohabitent encore en bonne intelligence et le panorama est toujours aussi magnifique, mais à Michau Balan je n'ai pas retrouvé ma maison natale, à la Gravette j'ai été chassé par le nouveau seigneur qui remplace mon bienfaiteur Mr de Puymaurin, au cimetière de Saint Germain de Graoux l'église a disparu, à Verdelais personne n'avait entendu parler de moi, à Gabarnac l'église est toujours aussi belle mais les morts l'ont quittée ! Nous n'avons croisé que quelques personnes, la région paraît désertée !

 

Je pensais retrouver beaucoup de sourds de naissance, des enseignants sourds, des élèves sourds… j'ai été très déçu, ou il n'y en a presque plus ou ils sont encore très fâchés après moi !

Je compte beaucoup sur mon avocat pour plaider ma cause et prouver que les racontars sur mon compte sont le fait de détracteurs sournois et jaloux.

 

Je ne désespère pas de rencontrer des sourds évolués ailleurs, je vais refaire mon tour de France avec quelques détours en dehors : le 21/11, je serai aux Aubiers à Bordeaux Lac pour préparer mon implantation à Tambacounda avec mes amis sénégalais et mes amies lilloises, le 25/11 je serai à l'INJS de Bordeaux_Gradignan pour la fête de l'Abbé de l'Epée, ensuite Paris, Rouen, Roubaix, Ostende, Anvers, Londres, les Amériques, Saint Pétersbourg, Rodez, Lille, Liège, Nancy, Alger, Bafoussam, Dakar, les Canaries et retour à Semens pour le 21 juillet 2016, avec la satisfaction du devoir de mémoire accompli, je pourrai dormir en paix.

 

Avertissement

Le 12 Novembre 2015, je ne pensais pas en rédigeant  ma 13e causerie « journée mémorable ! », compte rendu sur le fiasco du 11 novembre à Semens, que le vendredi 13 novembre 2015 entrerait dans la triste Histoire de France.

Pourtant, après réflexion, j'ai l'impression qu'il y a un lien : la stricte application de la laïcité nous rend vulnérables, nous perdons nos racines et nous faisons le lit des démons. Les terroristes, agissant soi-disant au nom d'un dieu grand et miséricordieux, s'appuient sur nos faiblesses. Ils n'ont pas eu besoin d'attaquer Semens où il n'y a presque plus rien, mais ont frappé au coeur de la République, là où il y a du monde, dans les stades, les salles de concert, les cafés, les rues …

 

 

A la question posée initialement POURQUOI LES GUERRES ? J'ai trouvé des réponses mais pas A QUI LA FAUTE ?