Mairie de Semens

 

copie de la page 3 première colonne,   Texte retranscrit:

   _ On lira avec intérêt la lettre suivante qui nous est adressée de la part du célèbre instituteur des sourds-muets de Paris.

Jean Massieu, sourd-muet, répétiteur, à Blanche Massieu, sa sœur , sourde-muette.

    Tu vas arriver à Paris, ma chère sœur, je t'ai procuré une place très agréable à la retraite assurée à la vieillesse à Chaillot ; cette retraite n'est ni un hôpital, ni un hospice, ni une maison d'éducation, c'est la maison de ceux qui n'en ont pas, et qui, pendant leur jeunesse et l'âge de la force du travail, ont économisé sur leurs gains journaliers, pour les jours des infirmités prématurées ou de la vieillesse. Ceux qui sont réunis dans cette maison, sont chez eux, tu seras donc chez toi, comme notre bonne mère que nous aimons tant est chez elle.

Tu n'es ni infirme, ni vieille ; pourquoi donc seras-tu reçue dans un lieu où on ne reçoit que des vieillards, et où il faut même avoir payé, par la voie de souscription, la somme de 1.080 fr, pour y être admis ? C'est que le fondateur et directeur, M. de Chailla, a voulu donner cette marque d'intérêt à notre père Sicard, à l'institution des sourds-muets et à moi. L'éloignement de ma famille me rendait malheureux, il a voulu que le bonheur entrât dans mon âme et n'en sortît plus ; et il y est entré le jour où il m'a accordé cette grande faveur. Viens donc, ma chère sœur, viens dans cet heureux asile de la vieillesse, prendre ta part de bonheur dont jouissent tous ses habitants. Tu y verras régner toutes les vertus morales, et un sentiment de bienfaisance et de paix qui se porte dans l'avenir, tu y verras la vieillesse honorée. Chacun des souscripteurs qui a su employer le présent pour aider l'avenir, achète, par ses épargnes successives, la chambre qu'il doit occuper un jour, les beaux jardins où il doit se promener, la salle de réunion où il doit se récréer, et la chapelle où il doit prier. Chacun, s'il est pauvre avant d'y arriver, cesse en y entrant d'être pauvre ; chacun a une société de choix, sans aucun mélange qui puisse alarmer ni les bonnes mœurs ni la religion.

L'homme riche, en souscrivant, peut y placer l'indigent, et l'homme sensible y déposer, au profit de celui qui l'aura servi pendant sa vie, le tribut de sa reconnaissance.

J'ai assisté au dîner des admis, et j'y ai vu régner l'abondance et la propreté, comme à la table des riches. Il règne là, la plus grande liberté : point d'autre règlement que celui de toutes les maisons honnêtes. Des larmes de joie et de bonheur ont coulé de mes yeux, à la vue de cette réunion si touchante de la vieillesse respectée, recevant dans cet asile de l'humanité tous les secours propres à la soulager et à la faire oublier. Personne n'ira voir ce temple auguste, élevé à la bienfaisance et la religion, sans y être attendri, et sans emporter comme moi le désir d'y finir ses jours, ou d'y procurer ce bonheur à quelqu'un de sa famille. Et le bonheur général y est l'ouvrage de chaque individu, viens-y ma sœur , comme dans ta famille, tu y seras aimée, comme nous le sommes par notre bonne mère que tu embrassera pour moi.

Je t'attends avec impatience, il me semble que je t'aimerai encore davantage lorsque tu seras près de moi. Je suis pour la vie, ton bon frère et ami fidèle,             Jean Massieu.

 

 

Qu'en pensez-vous?