Mairie de Semens

 J’ai poussé jusqu’à la dernière limite le moment de tirer un trait sur cette mémorable année Jean Massieu à Semens, j’espérais plus de retours de votre part, des causeries plus interactives, est-ce dû aux limites technologiques du Site ou à mes contenus anarchiques, à ma façon déroutante de m’exprimer ou à la complexité des sujets abordés… je ne sais pas !

Mais si vous regardez le relevé des fréquentations des causeries, vous constaterez qu’elles ont quand même été bien suivies  (3079 connexions sur la causerie 1_présentation où je n’ai rien caché de mon passé professionnel et de mes motivations associatives)!

 

J’ai promis une plaquette commémorative avec les principaux documents que j’ai pu collecter sur la première partie de la vie de Jean Massieu (de 1772 à 1823), sur les origines de Saint Martin de Semens et son église bizarre, sans oublier notre Solidarité avec les sourds africains. Elle sera disponible fin Janvier sous une forme qui n’a pas encore été complètement définie (édition papier ou/et informatique, document audio-visuel ...?).

 

le Boudeur va se taire pour laisser la place à une nouvelle structure officielle si vous le voulez bien : un Centre Culturel Jean Massieu, par exemple, sinon Semens va retrouver son train train au rythme des saisons de la vigne et ce serait dommage qu’elle ne profite pas des retombées de la mise en valeur du plus illustre de ses enfants.

 

Il était inconnu à Semens, je suis parti à sa recherche à Bordeaux, Paris, Londres, en Belgique, aux Pays-Bas, en Amérique, en Russie, à Rodez et à Lille où je l’ai retrouvé abandonné, sans sépulture, alors je l’ai ramené à Semens pour le rendre à sa famille. Il ne pouvait pas rester en place, il voulait se rendre encore utile à ses compagnons d’infortune, alors je l’ai embauché pour une nouvelle carrière en Afrique où les sourds ont bien besoin de lui. Il m’a accompagné le 1er décembre au Sénégal pour rejoindre le Centre de Surdité Jean Massieu à Tambacounda où il a été chaleureusement accueilli. Je l’ai quitté le 13 décembre, il était prêt à se mettre au travail en janvier 2017, je lui fais confiance.

 

La fin d’année ici a été très dure, j’ai frôlé la Mort qui m’a encore raté, mais elle s’est vengée sur Serge Massieu qui vient de nous quitter : c’était le plus proche parent de Jean Massieu, le plus sensible, le plus impliqué dans la recherche de ses ancêtres. Nous avions sympathisé et il était d’un grand secours pour moi, étranger à cette région, alors que lui la connaissait parfaitement ! Un homme libre avec un sens social surdéveloppé …

 

Il était à l’inauguration de la stèle le 2 septembre 2015, il était à la fête de la Saint Martin le 11 Novembre 2015 à Semens, il n’avait pas pu participer à la clôture de l’Année Jean Massieu le 2 septembre 2016, encore moins à l’inauguration du Centre de Surdité Jean Massieu le 8 décembre à Tambacounda … je lui dédie mon discours à cette occasion, pour lui qui était tant épris de Liberté :

 

Merci d’être venus si nombreux sans protocole, je remercie également celles et ceux qui se sont excusés! Vous êtes ici devant le lot n° 17 du quartier Liberté et vous n’êtes pas venus par hasard: l’année dernière il n’y avait rien alors que maintenant vous allez inaugurer un bâtiment flambant neuf:

Le centre de Surdité “Jean Massieu” de Tambacounda au Sénégal


Cet emplacement appartenait à Insa DIOP, il en a fait cadeau à son association: ASFS, Audition Solidaire France Sénégal, il a réuni les fonds nécessaires et a su s’entourer d’une équipe locale motivée, soutenue par les partenaires français d'Omet, de Bordeaux, Paris et Lille, avec en prime, l’engagement de Jean Massieu de Semens, le sourd muet de naissance le plus célèbre du Monde.  

Je suis très heureux d’être ici avec vous et j’ai envie de crier: “Aux armes! Citoyens, le jour de gloire est arrivé! La Liberté chérie ne fait pas de quartier, elle est une et indivisible, elle ne se découpe pas, ne se charcute pas et pourtant elle peut se partager. Elle est la même pour tout le Monde, nous sommes tous égaux en droits, si nous n’oublions pas nos devoirs!   La Déclaration des droits de l’Homme et du citoyen est très claire: tous les hommes, les femmes, blancs, noirs ou albinos, sourds ou aveugles, pauvres ou riches, chrétiens ou musulmans ... sont libres et égaux en droit! Sa première version de 1789 a été écrite par un Girondin, André-Daniel Lafon de Ladébat, protestant, fils d’un armateur négrier repenti, grand ami de Jean Massieu.   Quant à la Fraternité, elle ne se décrète pas, elle se vit: Insa et moi nous sommes frères, pas frères de sang évidemment, mais frères d’armes, car nous menons le même combat, amener les sourds à pouvoir s’assumer dignement.   Mon confrère Jean Massieu a fait le voyage avec moi, pas en passager clandestin, mais en travailleur volontairement émigré, car les sourds français l’ont oublié, lui qui leur a consacré sa vie entière! L’ingratitude est la mémoire des sourds! Ils ne veulent plus entendre parler de lui!   Alors, il vient chez vous pour ajouter l’Afrique à son riche palmarès, il va vous aider à vous entendre en langue des signes, en français, en fulfulde, en wolof, en sérère, en bambara, en haoussa … Il s’adaptera à vos conditions de vie et partagera avec vous ses impressionnantes connaissances. Il favorisera la prise en charge des personnes déficientes sensorielles par les organismes sociaux et l’État, il leur apprendra un métier pour qu’elles apportent leur contribution à la Société.   Je vous ai promis d’être le plus bref possible, mais je reste à la disposition de celles et ceux qui voudraient en savoir plus.   Accordez-moi encore une petite précision: j’ai amené un peu de sa terre natale, la terre de Semens qui produit le sang de la vigne, du vin rouge ou blanc! Depuis plusieurs siècles les MASSIEU y sont vignerons!

  « Je boirai la première goutte, vous pourrez ainsi déguster les autres! »    

 

Jean Paul Le Boudeur (en Casamance, on m’appelle Jpeul !)    

 

 La reconnaissance étant la mémoire du cœur, je me dois de remercier toutes celles et ceux qui ont contribué au succès de cette année (*): l'honneur en revient d'abord à Monsieur le Maire de SEMENS, David LARTIGAU, ensuite à  mes 2 complices, le blanc Yves BERNARD, le noir Insa DIOP et à tous mes amis, membres de la grande famille du CapSAS, avec une mention particulière pour Nancy ROURKE, peintre sourde muette américaine, marraine de cette manifestation, la seule qui a su  garder vivant le souvenir de Jean Massieu en le modernisant, tout en lui  laissant son rang dans l'Histoire des Sourds.

 

(*) notamment par ordre d'entrée en scène:

Jacqueline Collard, archiviste de l'INJS de Bordeaux-Gradignan depuis 1985

Lydie Clément et Alain Duprat, qui m'ont fait connaître la région

André Baune, le franco-québécois qui m'a transmis la traduction de la vie de Jean Massieu par son élève et ami Laurent Clerc

Gérald Massieu qui m'a ouvert la porte de sa famille

Simone Schoeller ma coprésidente qui a rameuté ses amies sourdes

Francis Guichard un descendant des Massieu de La Maroutine qui a trouvé le manuscrit autobiographique de Jean Massieu

Maria Eugénia Xavier qui m'a mis en relation avec l'Espagne et le Brésil

Hélène Henry qui m'a mis en relation avec le Père Paul Diemert aumônier national des sourds

Jacques Naveaux, le découvreur à Lille du manuscrit original de Jean Massieu

 ...

 

PS Le Centre de Surdité de Tambacounda est en service actif depuis le 2 Janvier... en plus, les travaux d'extension et de mise en conformité continuent (Grâce aux montants des prix obtenus en 2016)