Mairie de Semens

Présentation

Je ne suis ni semensois, ni même aquitain, ni historien, ni sociologue, alors qu'est-ce qui m'a amené à vous proposer ces « causeries » sur l'histoire de Semens ?

Les « Causeries du Boudeur », ça paraît contradictoire car d'habitude celui qui boude reste dans son coin et ne participe pas aux conversations, mais il peut avoir de bonnes raisons, soit parce que les sujets ne l'intéressent pas, soit qu'il se sent étranger ou pas concerné, pas accepté en raison d'une infirmité : la surdité exclut de la société !

J'ai la nostalgie du « Couareuil » dans ma jeunesse en Lorraine, les « Causeries » à la veillée, au coin du feu, en hiver, avec quelques châtaignes et un coup de vin chaud parfumé à la cannelle ; sous les grands arbres de la place publique, en été, avec des mirabelles, des bugnes,  une limonade ou un coup de gris « celui qui a goût de pierre à fusil ! », un moment privilégié où toutes générations confondues, parents, voisins et amis se réunissent pour causer de tout et de rien, de la pluie et du beau temps, de la vie au village, des enfants qui travaillent à la ville, du passé du présent et de l'avenir, des légendes et des histoires locales …

Moments privilégiés chaleureux et conviviaux qui favorisent la cohésion familiale et municipale, même si parfois le ton monte ! Loin de la télévision et du portable !!!

Au début, les « Causeries du Boudeur » seront hebdomadaires pour pouvoir traiter une période très riche en événements entre le 18e et le 19e siècle avec comme fil directeur la « saga Jean Massieu », destins croisés entre 2 mers, 2 régimes, 2 mondes, 2 siècles (1772_1846) et préparer ainsi la journée anniversaire du 2 septembre 2015.

Comment j'en suis venu à m'intéresser à Jean Massieu et à Semens ? Tout simplement  par ma vie professionnelle dans laquelle je me suis investi depuis plus de 50 ans. Elle a commencé à Jarville la Malgrange près de Nancy en 1961 à l'Institution des Sourds Muets, puis à Paris en 1965 et enfin à Gradignan en 1969 où je fus un des derniers répétiteurs avant d'être nommé professeur spécialisé pour les déficients auditifs. Le parcours inverse de Jean Massieu qui fut le premier répétiteur sourd à l'Ecole de Bordeaux, monta à Paris et finit sa carrière à Lille.

Passionné par les nouvelles technologies de la communication, je les ai appliquées à la promotion sociale des adultes sourds, en France, en Europe et en Francophonie où je me suis rendu compte des énormes besoins en Afrique. La situation actuelle des sourds y est encore catastrophique, un peu comme en France au 18e siècle ! Pour moi, le geste constitue le langage naturel des sourds et muets de naissance, mais leur insertion dans le monde banal passe par la langue écrite : Jean Massieu en est le meilleur exemple.

Il y a 30 ans, en 1985, à l'occasion du bicentenaire de l'Institut National de Jeunes Sourds de Bordeaux, à l'initiative de son directeur Christian Descorps et sous la responsabilité de Michel Lafourcade, nous avons participé, mon épouse et moi, aux recherches dans les archives de l'établissement, de la ville de Bordeaux et de la Gironde, de l'institut de Paris et aux archives nationales, nous y avons probablement croisé le fantôme de Jean Massieu, errant comme une âme en peine,  nous faisant des signes pour se rappeler à nous, mais nous n'avons pas fait attention à lui, il ne faisait pas partie des personnalités officielles. Nous ne savions pas quelle avait été exactement sa vie, son importance et sa notoriété à l'époque : il était occulté en France alors qu'il restait connu dans le reste du monde !

20 ans après, retraités nous nous sommes installés à Omet au Boudeur et nous avons eu souvent l'occasion de passer par Saint Germain des Graves et Semens : la première fois ce fut le coup de foudre ! Non seulement nous avons été séduits par ce village très original, dans un site magnifique plein de mystères, mais encore nous y avons revu le fantôme de Jean Massieu qui nous faisait des grands signes ! Ce fut une révélation, il nous fallait retrouver ses origines et le ramener chez lui.

Je me suis investi à fond pour cette « cause » : c'était mon voisin, mon collègue, mon ami, il fallait le faire connaître, reconnaître, ce fut mon devoir de mémoire pendant 3 ans, à la recherche de tous les éléments qui pourraient expliquer sa vie et son œuvre.

Les débuts furent difficiles, il n'y avait plus aucune trace de lui à Semens et par ailleurs très peu de documents exploitables, si ce n'est quelques biographies identiques, plus ou moins légendaires. Je m'engageais donc dans une véritable chasse à l'homme, à Bordeaux, Paris, Rodez, Lille, sur Internet, dans la Généalogie, auprès de mes amis et relations …

Je remercie toutes celles et ceux qui m'ont aidé _ je ne manquerai pas de faire état de leurs contributions au cours de ces causeries _  et soutenu pour la reconstitution de la carrière de ce sourd exceptionnel parti de Semens en 1786, devenu officiellement en pleine Révolution le premier fonctionnaire sourd, militant pour la cause des sourds  et  leur insertion, fréquentant sans complexe la haute société de l'époque ! Il n'a jamais renié ses origines, Semens peut être fière d'avoir été le berceau d'une telle personnalité, « Janus bifrons », un visage tourné vers son passé et l'autre résolument vers l'avenir, un intermédiaire entre le monde des sourds et celui des entendants.

C'est en compulsant les archives de l'Aveyron que j'ai trouvé le document décisif qui m'a permis d'établir son état civil exact : son certificat de mariage et des informations précises sur son séjour dans l'établissement de Rodez.

Des amis canadiens m'ont transmis et traduit son histoire racontée par son élève et ami Laurent Clerc qui participa à la création de la première école en Amérique.

Serge Massieu de Gabarnac, La Mothe, m'a ouvert ses archives personnelles et m'a initié à la vie locale. Il habite toujours la maison « mère » des Massieu dans la région, où ils se sont implantés probablement au 16e ou 17e siècle. Une branche « cousine » s'est établie à Semens Michaubalan.

Aux archives de Gironde, j'ai trouvé pour ainsi dire le seul document officiel disponible sur Semens  au 18e siècle. Il me servira pour la causerie N°2.

Enfin, David Lartigau, maire de Semens, a tout de suite été emballé par ce personnage hors du commun et les retombées pour sa commune. Grâce à lui, je bénéficie d'une tribune officielle. Je lui dédie cet hommage :

«  Eric Lartigau a mis en scène la famille Bélier, des sourds avec une entendante, une fiction cocasse au 21e siècle, où la fille entendante gagne un concours de chant ...

«  David Lartigau met en site la famille Massieu, mixte entendants et sourds, une réalité à Semens au 18e siècle, où le fils sourd génial fait carrière dans l'enseignement …

Si cela vous convient, je vous invite à vous projeter dans le passé en suivant la "saga Massieu". A l'occasion, n'hésitez pas à me laisser un message de soutien ou de critiques et suggestions pour alimenter le forum des « Causeries du Boudeur »

Tous les documents qui auront servi au cours de ces « causeries » seront indexés et accessibles sur le site. Ils constitueront une base de données documentaire, matière première éventuellement pour la rédaction d'un livre.

 

A la prochaine causerie sur la vie à Semens en 1772,

Bien cordialement,

 

Le Boudeur d'Omet, à votre service !

10/06/2015

 

Commentaires   

0 # Sandra Xavier 19-07-2015 22:29
Bravo!!!!! Quelle délicieuse lecture!
Beijos de Rio!
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