Mairie de Semens

SEMENS en 1772 ...

                           ne devait pas beaucoup différer de maintenant, alors qu'à Saint Germain de Grave l'église a changé de place . Nous aurons d'autres occasions d'en causer, je vous invite quand même à consulter le document : 17730131_délibération_SGG dans la rubrique « Semens dans l'Histoire ».

 

Si  vous tapez « Saint Martin de SEMENS » sur  un moteur de recherche, Google Earth ou Geoportail, la réponse est immédiate, il n'y en a qu' UN dans le Monde ! 

 

Exemple sur GEOPORTAIL  IGN:

 

 3 Michau Balan                  4 La Gravette                   5 Gravelines

                       1 église Saint Martin de Semens                               2 ancienne église de Saint Germain de Graoux

7 Lamothe (Gabarnac)                                                          6 le Galouchey, communication avec Saint Germain

 

 

Les hauts sont cultivés et les bas fonds arborés, les déclivités sont fortes. L'église St Martin au centre est en rupture de pente au bout d'un promontoire où il y a peu d'habitations. Le reste de la commune forme un cercle avec quelques points de passage. C'est curieux, on a l'impression que l'ouest est caché, alors qu'à l'est le panorama est magnifique et si on fait un peu attention, on remarque que les 2 églises sont parfaitement dans l'axe ouest_est. Cela fait penser à une oreille ou un œil orienté, « une parabole de la NSA » qui surveille tout ce qui se passe à l'est, les 2 églises servant de relais pour la transmission des informations. Semens est un point stratégique, un centre d'observation, une horloge astronomique (encore actuellement la mairie garde la tradition puisqu'elle est reliée à Internet par satellite !). C'est aussi une "bonne planque" à l'écart des sentiers battus; dans les époques troublées, une population discrète pouvait y survivre, nous aurons l'occasion d'aborder ce sujet une autre fois.

 

Que retenir de toutes ces observations ?

Que le site en lui-même a un intérêt stratégique évident depuis la préhistoire.

 

Pourquoi Saint Martin ?

Probablement en l'honneur du plus grand saint européen, né en Hongrie en 316, décédé à Tours le 8 Novembre 397, symbole de charité, de simplicité, de foi, évangélisateur des campagnes où il transforme par la persuasion les sites païens en ermitages, le mot chapelle vient de sa « cape » partagée. De là à penser qu'il ait pu être le fondateur de la première chapelle de Semens, il n'y a qu'un pas, surtout que le site de Semens, très particulier, doit avoir une très longue histoire ! Relais de la confrérie Saint Martin, l'agence de voyages qui à l'époque organisait les pèlerinages en Europe, il devint un lieu touristique. Il a peut-être vu passer la petite Foy, future sainte locale.

 

Pourquoi de Semens ?

Probablement parce que l'ermitage fut restauré par un membre de la famille Semens, à la fin du 13e siècle, Bertrand de Semens s'établit à Saint Brice, siège de la seigneurie de Semens, et son frère curé avait plusieurs possessions dans la région. A l'époque des croisades, les Templiers organisaient les déplacements, les approvisionnements, les recrutements, les financements, les soins, les reconversions … une logistique bien rodée, une véritable agence Pôle Emploi dont le siège local était à Sallebruneau! L'ermitage de Verdelais fut fondé par Géraud des Graves à son retour de Croisades, il s'était peut-être installé d'abord à Saint Germain des Graves. L'implantation des familles Semens, Montpezat, Bat, Benauge peut avoir la même origine : en tous cas, ce ne sont pas des natifs locaux, ce sont des gens du Nord ou de l'Est.

 

Pourquoi Saint Martin de Semens est une annexe de Saint Germain de Graoux ?

La décision a été prise sans explication par l'évêque en 1664 et cela paraît paradoxal car la liaison pédestre n'est pas facile entre les deux, la logique voudrait plutôt qu'elle soit annexe de Gabarnac.

 

Je m'égare, revenons à 1772 :

La paroisse dépendait du comté de Benauge (19 paroisses) et son curé de l'archiprêtré de Loupiac (30 paroisses ), la prévôté était à Saint Macaire, la sénéchaussée et la généralité à Bordeaux. Des nobles de vieille souche ou des bourgeois de Bordeaux anoblis possédaient les plus belles propriétés, mais les hommes avaient des droits et participaient à la gestion de la paroisse dans le cadre de la « fabrique », une espèce de conseil paroissial avec un syndic élu, des biens propres et des employés : sacristains, régent (instituteur) …

Ils étaient laboureurs , vignerons, métayers ou brassiers, faiseurs de cercles, charpentiers de barriques ou de haute futaye, forgerons, tisserands et même porteurs de contrainte ou cabaretiers, beaucoup savaient lire et écrire. Il y avait aussi une sage-femme et parfois un médecin. Le presbytère « maison curiale » était à l'emplacement de la Mairie de Semens actuelle, elle servait pour les 2 paroisses, car généralement il n'y avait qu'un curé, rarement avec un vicaire.

 

Que se passe-t-il, ce mercredi 2 septembre 1772 à Michau-Balan ?

Il y a du monde chez les Massieu, parents, amis, voisins, qui attendent un heureux événement . Les enfants jouent dans la cour, Jeanne 7 ans et demi, Etienne, 6 ans, Marie 3 ans et la petite Blanche 1an et demi … enfin la délivrance, c'est des jumeaux, un garçon et une fille, Jean et Marguerite !

Ce n'est pas un grand événement, il est juste noté scrupuleusement dans le registre paroissial puisque les enfants sont aussitôt baptisés. Les parents ne savent pas encore que Jean est sourd, a priori comme sa sœur Blanche qui ne se comporte pas comme les autres.

Ils ne peuvent imaginer sa destinée.

En consultant la suite du registre paroissial, j'ai vu que 14 jours plus tard, la pauvre Marguerite était décédée, avant de savoir si elle était sourde ou non !

 

Que se passe-t-il , ce dimanche 31 janvier 1773 sur le parvis de Saint Germain de Graoux ?

A l'heure des vêpres, ce n'est ni pour un mariage, ni pour un enterrement, ni une fête religieuse ! Pourtant il y a un important rassemblement d'hommes qui discutent entre eux, une manifestation peut-être : sans calicot syndical revendicatif, sans Femen avec leurs peintures sur soi ( à l'époque les femmes n'ont pas voix au chapitre, la politique est une affaire d'hommes).

Je vois Isidore de Barritault, le notable du Grand Ousteau, entouré des syndics et des fabriciens, le notaire royal de Saint Macaire, des hommes de Semens, de Saint Germain de Grave et des environs, mais je ne vois pas le curé Etienne Lousteau … Alors, de quoi s'agit-il ?

D'une sérieuse délibération publique officielle des fabriciens des deux paroisses qui ne veulent pas rentrer dans une querelle de clocher qui risquerait de leur coûter cher. Tout est noté scrupuleusement et quand la décision est prise en moins de 2 heures, elle est exécutoire immédiatement !

Bel exemple de démocratie participative.

 

Vous voulez en savoir plus, consultez le document joint qui nous éclaire très précisément sur les modes de vie locaux et les travaux effectués dans les deux églises par les curés précédents, les Frayssinet.

 

A la prochaine causerie exceptionnelle,

j'ai invité Jean Massieu, il vous racontera lui-même sa vie à Semens, dans son cocon familial.

Bien cordialement,

 

 Le Boudeur d'Omet, à votre service !

 

19/06/2015