Mairie de Semens

Retour de Jean Massieu à Semens le 02/09/2015 pour son anniversaire

 

- Trois familles imbriquées : les Semensois autour de David, les Massieu autour de Serge et les Capsas internationaux autour de Jean Paul avec le soutien local d'ALDO, Association Loisirs Donzac_Omet, et des Aînés de Sauveterre, en présence de trois « observateurs de l'Homme » : Martine Faure, députée, Guy Moreno, conseiller départemental et Pierre Lascourreges journaliste à Sud-Ouest, se sont réunies dans l'intimité et la simplicité d'un petit village de l'Entre deux Mers, pour fêter avec dignité et générosité, le retour de leur Héros sur sa terre natale. Une parousie en quelque sorte!

- Trois moments forts après une période de retrouvaille, d'échanges :

l'inauguration de la stèle par les officiels présents qui, chacun à sa manière avec une grande humanité, ont exprimé leur admiration pour ce personnage exceptionnel et leur satisfaction de constater l'implication de tout un petit village, lui même un peu oublié, pour s'approprier son "enfant prodige".

L'hommage émouvant de deux jeunes lycéennes entendantes qui ont repris la chanson gestuée de Louane dans la famille Bélier.

La causerie du Boudeur  en ouverture solennelle de l'année Jean Massieu:

                           - -  Je tiens tout d'abord à vous remercier de participer à cet hommage et à vous rassurer : je serai bref et je l'espère, le plus clair possible ! Il ne s'agit pas du retour des cendres de Napoléon … quoique !

Il y a 200 ans en 1815, Jean Massieu était au faîte de sa gloire à Londres. L'aiglon parti de Saint Martin de Semens en 1786 a volé de clocher en clocher pour se poser aujourd'hui sur les tours de Notre Dame … de Semens, d'où l'aigle nous observe !

Le parcours de Jean Massieu sur cette Terre n'a laissé que peu de traces que j'ai eu beaucoup de mal à retrouver, à suivre et à remonter pour donner une nouvelle vie à ce personnage hors du commun.

Son Etat Civil peut paraître banal, pourtant quand on approfondit un peu, on est impressionné par tout ce qu'il a fait :

né à Semens le 2 septembre 1772, Massieu est allé à l'école de Bordeaux en Mai 1786 puis à celle de Paris en 1790, mis en retraite anticipée en 1823 ; il s'est marié le 18 Mai 1832 à Rodez où il a eu 2 enfants (c'est là que j'ai retrouvé sa trace), puis il a fondé et dirigé deux établissements à Lille, où il est décédé le 21 Juillet 1846, à l'âge de 74 ans après 50 ans de carrière.

Que reste-t-il de lui à Lille ?

Un éloge funèbre, la reconnaissance du département qui prit en charge l'éducation de ses enfants, deux établissements spécialisés et récemment une résidence pour personnes âgées sourdes...

Mais sa tombe a disparu, emportée lors de travaux de modernisation de la Communauté Urbaine de Lille.

Quelle est son originalité ? En quoi a-t-il marqué son temps ?

Un simple enfant d'une famille de laboureur vigneron de Semens au 18e siècle est devenu célèbre dans le monde entier parce qu'il a eu beaucoup de chances qu'il a su saisir :

          la chance de naître Sourd et Muet et de l'assumer ;

          la chance de rencontrer l'abbé Sicard et Saint-Sernin et d'en profiter au maximum ;

          la chance de faire carrière dans l'enseignement et de traverser la révolution française ;

          la chance d'être en 1815 à Londres et d'y rencontrer Thomas Gallaudet ;

          la chance de tout perdre en 1822-1823, mais de rebondir ;

          la chance de remplacer l'abbé Périer à Rodez et de s'y marier ;

          la chance d'être appelé à Lille pour y fonder et diriger deux écoles de sourds et d'aveugles ;

          la chance d'avoir des amis fidèles qu'il n'a jamais déçus … je suis fier d'en faire partie !

C'est un hommage solennel que nous lui rendons ici aujourd'hui, à l'initiative de David Lartigau, maire de Semens, en présence de : Serge Massieu, 93 ans, son descendant le plus proche, vous tous et moi-même, tous rassemblés pour lui quelles que soient nos origines, nos motivations… J'y associe ceux qui nous ont quitté et qui participent de plus haut, ceux qui n'ont pu venir pour des raisons de santé ou de distance et qui participent par Internet, un nouveau mode de communication des consciences !

Je reprends les termes forts de son portrait tracé par le Docteur Le Glay pour son éloge funèbre à Lille, le 23 Juillet 1846 :

« La vie de Jean Massieu se compose de peu d'événements. Cet homme a été tout à la fois glorieux et obscur ; sa renommée fut grande et son existence modeste.

«  l'abbé Sicard eut un élève chéri que les éclairs de son génie et la beauté de son âme ont rendu célèbre,

« Chaque mot que sa main traçait réveillait un souvenir, faisait naître une idée, épanouir un sentiment. Bientôt, le disciple étonna le maître ; et le bon abbé se montrait fier, très fier du savoir de Massieu. Les mots heureux et profonds jaillissaient, comme d'une source, de cette âme neuve, pure et forte.

« Dans les premiers temps de son séjour à l'école de Paris, on lui reprocha d'envoyer à sa famille, une trop forte portion de ses économies. Donner à ses parents, c'est rendre, répliqua t-il.

« Attiré à Lille par l'amitié enthousiaste d'un de nos honorables citoyens, qui l'a précédé dans la tombe, il a trouvé, d'une part des compagnons d'infortune à soulager, c'est à dire à instruire, et d'autre part, des sympathies généreuses, un concours universel. Prêtres, magistrats et citoyens lui ont tendu une main amie. Quelques dames ont pris la chose à coeur ; et notre école des Sourds-Muets s'est trouvée tout à coup constituée et florissante sous la direction de Massieu. Cependant, l'âge et les infirmités plus pressées que l'âge, sont venues. Cette belle intelligence s'est tout à coup affaissée sous le poids d'un travail de 50 ans. L'habile professeur, le subtil et philosophique grammairien redevint enfant, s'il faut l'avouer ; et à vrai dire, il y avait toujours eu en lui quelque chose de cette simplicité naïve du premier âge, impropre aux affaires, inhabile aux choses de ce monde, incapable de songer à son avenir matériel, il sembla vivre sans cesse dans la sphère exclusive de ses études et de ses élèves.

« Pour tout le reste, il était demeuré sourd-muet !

En conclusion, j'ajoute juste un petit commentaire personnel dont vous pourrez suivre les développements pendant une année de causeries du Boudeur.

J'abonde dans le sens du docteur Le Glay : pour moi, Jean Massieu est « le petit Prince » sourd muet, dont j'ai retrouvé la planète originale : c'est « Ravissant », un lieu dit charmant de Semens, pas loin de Michau-Balan, où il gambade sans complexe avec son mouton, sa rose, son renard et l'allumeur de réverbère !

En épilogue, si vous me le permettez, abordons la symbolique de la stèle que nous inaugurons ici aujourd'hui pour ancrer son souvenir dans la terre où il a été ensemencé : un modeste lopin de terre, rien que pour lui… un pied-à-terre après son long parcours, mais qui ne l'empêchera pas de s'envoler à l'occasion de nouvelles migrations vers l'Afrique par exemple. Sa pierre tombale, cénotaphe, est constituée d'un bloc de calcaire, provenant du cimetière de Semens, taillé et gravé avec les noms de ses batailles, ses victoires, sa longue carrière. Un triangle équilatéral en granite noir fin de marlin y est scellé pointe en haut, symbole de Dieu pour les chrétiens et les francs-maçons : Jean Massieu y figure, tel qu'en lui-même, sourd-muet, enfant de Dieu et enseignant, « Janus bifrons » tourné vers le passé et vers l'avenir, reliant les 2 mondes, celui des sourds et celui des entendants. Il est en plein travail de pédagogue avec ses chers livres pour enfants, il met une main à son gousset et tire sa montre, c'est le signe que lui ont donné les sourds, avec l'autre main il désigne le tableau où il a écrit « montre » : jeu de mot, jeu de geste… tout le reste est écrit, je n'ai pas besoin de vous l'expliquer ! Sauf une remarque sur la fameuse citation de Jean Massieu « la reconnaissance est la mémoire du coeur » … c'est cette définition lapidaire, lumineuse, profondément humaine, qui l'a fait connaître dans le monde entier !

Voilà j'en ai terminé, j'ai tenu parole, je vous remercie pour votre attention, votre communion ; maintenant, nous allons suivre David Lartigau à la Salle des Fêtes pour la première causerie publique, caquetoir en gavache, devant la cheminée moderne, la nouvelle forge Massieu, le serveur de la Commune, autour d'un pot convivial, en avant première de la cuvée Jean Massieu 2015, que nous espérons tous exceptionnelle !    Je mets la casquette du Boudeur et vous rejoins de suite ! - - 

 

Lors de la causerie publique  informelle devant une petite exposition sur la vie de Jean Massieu et son rayonnement, devant un grand écran où chacun pouvait s'initier à la manipulation du site www.mairiedesemens.fr « Année Jean Massieu », le verre à la main, des petits groupes mixtes ont commenté l'événement. J'ai eu la plus grande satisfaction de ma vie d'enseignant, d'abord, celle du devoir accompli et surtout celle d'avoir été bien compris par toute la classe !

 

L'année Jean Massieu, rythmée par les battements de coeur réguliers des « causeries du Boudeur », ne fait que commencer, elle se déroulera jusqu'à sa clôture envisagée le 21 Juillet 2016, anniversaire du décès de Jean Massieu. Peut-être aurons-nous la chance de pouvoir inaugurer le Centre Jean Massieu de Tambacounda !

 

PHOTOS:

installation de la stèle      accueil     convergence     inauguration de la stèle   

famille Massieu        hommage gestué       causerie       expo

 

 

Commentaires   

0 # Bernard yves 04-09-2015 14:47
Que de connaissances retrouvées dans ce parcours initiatique d'un sourd à travers un pays qui lui a tout donné et tout repris, comme Jean-Paul l'exprime si bien. Les sourds ont poursuivi leur route, afin d'accéder à la culture et à la citoyenneté, dans cet esprit d'améliorer notre société, la différence n'étant pas un frein à la convergence, bien au contraire, mais un facteur de richesse, de partage et de communion. Cérémonie très touchante, même à distance, stèle rayonnante, journée radieuse pour l'histoire silencieuse et la nôtre, et celle de Semens qui fait tant pour réincarner le passé. Yves
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